À propos
Vous êtes ici:   Accueil  /  Chronologie  /  Sommet sur l’enseignement supérieur, jour 2 – 26 février
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_010
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_004
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_014
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_001-2
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_008
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_006
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_003
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_009
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_011
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_012
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_005
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_007
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_013
  • Manifestation-contre-le-sommet-de-l'indexation_002

Sommet sur l’enseignement supérieur, jour 2 – 26 février

Mardi 26 février 2013, Montréal.

Au bout d’une journée et demie de discussions en forme de sprint, le rideau tombe sur le Sommet sur l’enseignement supérieur tenu à l’Arsenal, un complexe d’art contemporain de Montréal1. Les représentations étudiantes qui ont participé à l’exercice en sortent déçues, en particulier la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Le gouvernement de la Première ministre Pauline Marois a déposé une seule et unique « proposition » sur la table : l’indexation de 3 % des frais de scolarité et des frais institutionnels obligatoires2.

26 février 2013 : dedans

Somme toute, Pauline Marois a gagné son pari : il n’a pas été question de gel des frais de scolarité dans ce Sommet, encore moins de gratuité scolaire. La FEUQ fulmine mais, dans l’ensemble, les participants à la rencontre semblent plutôt bien s’accommoder de l’indexation.

« La crise sociale est derrière nous », assure la Première ministre en conclusion du Sommet3.

26 février 2013 : dehors

Pendant ce temps, à quelques rues de l’Arsenal…

Le 14 février, en déclarant qu’elle boycotterait le Sommet sur l’enseignement supérieur, l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) avait appelé à une manifestation à Montréal le 26.

À 14 h, alors que le Sommet vient à peine de prendre fin et que l’annonce de l’indexation s’est répandue comme une traînée de poudre, plusieurs milliers de manifestants convergent vers la place Victoria. Immédiatement ou presque, le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) déclare le rassemblement illégal, l’itinéraire de la marche n’ayant pas été fourni aux autorités – comme d’habitude. Et comme d’habitude aussi, la police « tolérera » la manifestation jusqu’à ce que… jusqu’à ce qu’elle ne la tolère plus!

L’ASSÉ avait surpris en convoquant les manifestants, non pas pendant le Sommet, mais après. Maintenant que la nouvelle de l’indexation est sur toutes les lèvres, sa stratégie prend pleinement son sens : jusqu’à hier, l’espoir pouvait encore subsister un peu; aujourd’hui, les étudiants ont nettement le sentiment d’avoir été roulés dans la farine par le gouvernement Marois. Au printemps 2012, leur mécontentement se cristallisait sur la hausse décrétée par le gouvernement Libéral et sur la personne même du Premier ministre Jean Charest. Un scrutin et un changement de gouvernement plus tard, où en est-on? Est-ce que « plus ça change, plus c’est pareil »? Et surtout : six mois de grève pour en arriver là? Tout ça pour ça?

Après les discours d’usage au départ de la marche, les manifestants commencent à défiler dans le calme. Combien sont-ils? Entre 5 000 et 10 000. On reconnaît dans la foule quelques vieux routiers du printemps 2012 – le pacifique Anarchopanda4 et l’allègre Rabbit Crew5. D’abord, la présence policière reste discrète. Puis, l’anti-émeute se rapproche, « escorte » le cortège, repart. Rue des Pins, direction est : la Cavalerie s’invite. Elle rôde, insiste, traverse la rue d’un trottoir à l’autre en sillonnant la foule. Qui n’a jamais vu l’un de ces gigantesques (et superbes) chevaux du SPVM, monté par un policier entièrement vêtu de noir et casqué, passer à une trentaine de centimètres de son visage, imagine peut-être mal l’impression de menace et d’oppression que cette vision peut susciter chez un piéton…

Alors que la marche se déroule encore dans un calme relatif, les manifestants commencent à penser que les forces policières multiplient les provocations à leur égard. La tension monte. À l’angle de la rue Saint-Denis, des boules de neige sont lancées aux policiers et aux chevaux, de plus en plus nombreuses. Doivent-elles être considérées comme des projectiles dangereux?

Le SPVM semble le penser. Vers 16 h, entre l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) et le pittoresque carré Saint-Louis, la situation dégénère d’un coup : bombes assourdissantes; gaz lacrymogènes; assaut policier. Les manifestants se scindent en petits groupes et se mettent à courir en tous sens. Sans ménagement, la police en plaque plusieurs au sol et procède à plus de dix arrestations musclées – des « interpellations ciblées » selon la terminologie en vigueur au SPVM6.

Scène surréelle, parmi d’autres, de cette manif qui tourne au vinaigre… Une clôture encercle le carré Saint-Louis pour des travaux de restauration. Des manifestants la font tomber et s’élancent sur la petite place enneigée pour échapper à la charge policière…

Feu d’artifice de poivre de Cayenne irritant et de bombes assourdissantes, coups de matraque, coups de pied. Dans la confusion la plus totale, les manifestants s’enfuient dans toutes les directions à la fois. Mais l’anti-émeute semble les attendre où qu’ils aillent. (L’escouade spécialisée de la Sûreté du Québec a été appelée en renfort pour appuyer les policiers du SPVM.)

Tandis que trois hélicoptères survolent la scène, des petits groupes se rassemblent pour tenter de reformer le cortège; certains sont de nouveau dispersés par la police. Les manifestants paraissent vouloir prendre le chemin de la place Émilie-Gamelin, haut lieu de rassemblement des carrés rouges7 au printemps québécois 2012. À l’intersection des rues de Maisonneuve et Berri, ils se retrouvent immobilisés, encerclés par la police. Ils se dispersent une dernière fois. La manif est terminée.
L’histoire ne dit pas si les manifestants, rentrant chez eux le corps couvert d’ecchymoses, les poumons brûlés et les tympans endoloris, ont été rassérénés d’apprendre par la télé que « la crise sociale était derrière eux. »

1 Pour le contexte de ce Sommet, voir la galerie précédente : http://printempsquebecois.com/manifestation-sommet-enseignement-superieur-1/

2 Parfois appelés « frais afférents », les frais institutionnels obligatoires ne se rapportent pas aux cours proprement dits, mais à différents services « para-universitaires » tels que les activités sportives; le conseil en orientation; la gestion des admissions, inscriptions, examens, stages; l’utilisation des laboratoires; l’émission des diplômes; etc. Insidieuse, mais bien réelle, leur augmentation constante suscite une irritation grandissante dans la population étudiante.

3 Propos rapportés dans Le Devoir : http://www.ledevoir.com/societe/education/371899/sommet-sur-l-enseignement-la-crise-sociale-est-derriere-nous-soutient-marois

4 L’une des principales mascottes animalières du mouvement étudiant. Vêtu comme il se doit d’un costume de panda, Anarchopanda a parfois serré dans ses bras des policiers déployés dans les manifestations étudiantes afin de détendre l’atmosphère et désamorcer l’hostilité. Mais surtout, sa démarche chaloupée, ses grands yeux tendres et son indéfectible attachement à la cause étudiante exercent un puissant effet enthousiasmant et rassurant sur les manifestants…

5 Les « Lapins contre la hausse (et contre Pâques) » : Avec Anarchopanda et Banane Rebelle, les membres du Rabbit Crew comptent parmi les mascottes spontanées les plus appréciées du mouvement étudiant. Portant des masques de lapins, ils déploient des actions politico-sarcastiques délirantes telles que : fausses vidéos d’enlèvement avec demandes absurdes de rançons, jeux de cache-cache et danses sautillantes devant les forces de l’ordre, etc.

6 http://www.ledevoir.com/societe/education/371901/indexation-des-droits-de-scolarite-des-etudiants-manifestent-a-montreal

7 L’expression a d’abord désigné les étudiants en grève contre le projet d’augmentation des frais de scolarité du gouvernement Libéral de Jean Charest. Par extension, elle s’est ensuite appliquée à toute personne, étudiante ou non, favorable à cette contestation estudiantine et, plus tard encore, à toute personne appuyant le mouvement social et populaire catalysé par les étudiants.