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Ce n’est pas une offre, c’est une insulte – 27 avril

Vendredi 27 avril 2012, Montréal.

L’avant-veille, la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a exclu la CLASSE des négociations; la FEUQ et la FECQ ont claqué la porte par solidarité*. Le vendredi 27, à la 11e semaine de grève, le Premier ministre, Jean Charest, et la ministre de l’Éducation convoquent une conférence de presse dans laquelle ils révèlent l’offre soumise aux associations étudiantes : une bonification du régime des prêts et bourses et un étalement de la hausse sur sept ans au lieu de cinq. Un rapide calcul permet aux porte-parole étudiants de constater que cette nouvelle formule, du fait du maintien de l’indexation à partir de la cinquième année, portera la facture de la hausse à… 1778 $ – au lieu des 1625 $ initialement prévus! La soi-disant « offre » gouvernementale les laisse… pantois. Mais surtout, au-delà des chiffres, les opposants à la hausse dénoncent l’application du principe de l’utilisateur payeur à l’éducation, considérée ainsi comme une marchandise, et non comme un bien commun. Enfin, les associations étudiantes estiment que cette conférence de presse se résume à une opération de relations publiques visant à paver la voie aux élections provinciales toutes proches… En un mot, les carrés rouges** se sentent pris pour les dindons de la farce.

Dès la fin de la conférence de presse, la riposte s’organise dans les réseaux sociaux : rendez-vous le soir même au parc Émilie-Gamelin pour une manifestation sur le thème « Ce n’est pas une offre, c’est une insulte! ». Le bras de fer se durcit entre le gouvernement et les étudiants, et le conflit prend un tour de plus en plus personnel : d’un côté, Jean Charest et Line Beauchamp; de l’autre, les représentants étudiants – Gabriel Nadeau-Dubois en tête, le porte-parole de la CLASSE devenu la bête noire du gouvernement Libéral.

Au parc Émilie-Gamelin, en ce 27 avril 2012, l’ambiance s’avère aussi électrique que le mercredi précédent pour l’« Ostie de grosse manif ». Les manifestants sont plusieurs milliers à déferler dans les rues. La police tente de leur imposer un parcours. Elle bloque la rue Sainte-Catherine vers l’ouest. Les marcheurs remontent la rue Berri vers le nord, passent sous le viaduc devenu célèbre au fil des « manifs », puis gagnent la rue Sherbrooke vers l’ouest, tournent sur le boulevard Saint-Laurent à gauche…

Là, au coin de la rue Ontario, l’escouade anti-émeute les retient pendant d’interminables minutes. Confinement raisonnable de la foule ou pure provocation? Réduite au sur-place, exaspérée, la foule s’impatiente et hurle. Quand le barrage s’ouvre enfin, les manifestants déferlent vers le sud, puis envahissent le boulevard René-Lévesque vers l’ouest et remontent la rue Guy pour emprunter la très commerçante rue Sainte-Catherine vers l’est.

Juste avant la Place des Arts, les policiers donnent l’assaut au coin de la rue Bleury. Ils isolent la tête de la manifestation – environ un millier de personnes – et les encerclent. Une vitrine a été fracassée? Gaz lacrymogènes et irritants à la volée plus 35 arrestations dites « chirurgicales ». Enfin, la rue est rouverte et la manifestation se poursuit vers l’est, dépasse la place Émilie-Gamelin et continue d’avancer. Le pont Jacques-Cartier se profile à l’horizon… Les manifestants remontent vers le nord, marchent encore vers l’ouest : « 20 km à pied, ça use, ça use; 20 km à pied, ça use les policiers! » les entend-on scander.

Graduellement, les manifestants se dispersent.

Bilan montréalais : tension grandissante entre les carrés rouges et la police; 1 vitrine cassée; 35 arrestations.

À Québec, quelques heures plus tôt, 80 personnes ont été arrêtées par encerclement 10 minutes après le départ de la Manifestation nationale féministe de la CLASSE du parc de l’Amérique française. Accusées d’avoir circulé sur un grand boulevard en dépit de l’interdiction policière, elles ont reçu un constat d’infraction assorti d’une amende de presque 500 $ (chacune).

À Gatineau, la même journée, 55 % des 1700 étudiants présents à l’assemblée générale de l’Association générale des étudiantes et étudiants du cégep*** de l’Outaouais (AGEECO) ont reconduit la grève jusqu’au 4 mai (sauf entente entre le gouvernement et les associations étudiantes d’ici là). Des manifestants ont également défilé dans les rues en soirée.

À Sherbrooke, plusieurs dizaines d’étudiants ont bloqué les entrées du cégep pour empêcher la reprise de la session; la direction de l’établissement a annulé les cours pour la journée.

* Voir la galerie consacrée à la manifestation de fin de session organisée l’après-midi du 25 avril : http://printempsquebecois.com/manifestation-fin-session-photo

** L’expression a d’abord désigné les étudiants en grève contre le projet d’augmentation des frais de scolarité du gouvernement Libéral de Jean Charest. Par extension, elle s’est ensuite appliquée à toute personne, étudiante ou non, favorable à cette contestation estudiantine et, plus tard encore, à toute personne appuyant le mouvement social et populaire catalysé par les étudiants.

*** Collège d’enseignement général et professionnel : établissement postsecondaire dispensant des formations techniques ou préuniversitaires. Les cégeps ont participé activement aux manifestations étudiantes.