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Manif de casseroles : symphonie en ras-le-bol majeur – 30 mai

Mercredi 30 mai 2012, Montréal.

Inspirés des cacerolazos d’Amérique latine, les « concerts de casseroles » du printemps québécois émergent en réaction à l’adoption de la loi 12 (dite « loi 78 »), le 18 mai 2012. Chaque soir, à 20 h (20 h « tapantes » – faut-il le préciser?), hommes, femmes et enfants munis d’ustensiles de cuisine envahissent les rues de leurs quartiers respectifs pour exprimer dans un joyeux tintamarre leur ras-le-pompon, ras-le-bol… ras-la-casserole.

Dans une ambiance bon enfant, ils et elles tapent du couvercle ou de la cuillère pour réveiller les consciences, reprendre leur place, crier leur exaspération. Au passage, les concerts de casseroles brisent l’isolement urbain, permettent aux voisins de faire connaissance entre eux, et favorisent la mise sur pied d’assemblées populaires autonomes de quartier qui catalysent la réflexion collective dans un contexte de démocratie directe. La parole citoyenne n’a plus à ronger son frein d’élection en élection; elle se libère du carcan des urnes et trouve sans cesse de nouvelles voies d’expression.

Le concert de casseroles du mercredi 30 mai 2012 s’impose comme l’un des plus massifs du printemps québécois. Récemment élevé à la dignité de membre honoraire du Rabbit Crew1, Anarchopanda2 invite les sympathisants de la cause Carré rouge3 à se rejoindre au coin des rues Saint-Denis et Jarry pour égayer le quartier Villeray d’un festif et néanmoins protestataire boucan. Des cortèges qui se sont élancés de plusieurs quartiers voisins convergent au hasard de leurs itinéraires improvisés : les casseroles du Vieux-Rosemont, de Villeray, du parc Molson, du Plateau et d’Ahuntsic s’entremêlent et poursuivent leur marche par les rues Papineau, Beaubien, Iberville, Rosemont, Saint-Michel…

Respectueux de la tradition contestataire en inox, la plupart des manifestants sont munis de casseroles. Les plus astucieux ont toutefois opté pour une passoire, tout aussi sonore mais moins lourde à porter. Les plus costauds n’auront pas reculé devant un chaudron… ou une grosse caisse!

L’ambiance est à l’euphorie, au sentiment grisant de réappropriation – réappropriation des quartiers, de la parole, du pouvoir. À plusieurs milliers dans les rues, il est impossible de se sentir seul, impuissant. La contestation de la loi 12 et, d’une manière plus générale, du gouvernement Libéral de Jean Charest et des pratiques politiques sclérosées prend une ampleur inattendue.

Tous ces gens qui tapent de la casserole… Protestation déferlante, vivante – bruyante, aussi… radieuse! Même un panda! Même des lapins!

Sous leurs oreilles ahuries, ces sautillants mammifères, ces champions de la prolifération qui castagnent gaiement du chaudron nous rappellent qu’il ne suffit pas d’être nombreux : il faut aussi être solidaires et savoir protester pour ne pas finir en civet. Ou on crie, ou on est cuit.

1 L’une des principales mascottes animalières du mouvement étudiant. Vêtu comme il se doit d’un costume de panda, Anarchopanda a parfois serré dans ses bras des policiers déployés dans les manifestations étudiantes afin de détendre l’atmosphère et désamorcer l’hostilité. Mais surtout, sa démarche chaloupée, ses grands yeux tendres et son indéfectible attachement à la cause étudiante exercent un puissant effet enthousiasmant et rassurant sur les manifestants…

2 Les « Lapins contre la hausse (et contre Pâques) » : Avec Anarchopanda et Banane Rebelle, les membres du Rabbit Crew comptent parmi les mascottes spontanées les plus appréciées du mouvement étudiant. Portant des masques de lapins, ils déploient des actions politico-sarcastiques délirantes telles que : fausses vidéos d’enlèvement avec demandes absurdes de rançons, jeux de cache-cache et danses sautillantes devant les forces de l’ordre, etc.

3 L’expression a d’abord désigné les étudiants en grève contre le projet d’augmentation des frais de scolarité du gouvernement Libéral de Jean Charest. Par extension, elle s’est ensuite appliquée à toute personne, étudiante ou non, favorable à cette contestation estudiantine et, plus tard encore, à toute personne appuyant le mouvement social et populaire catalysé par les étudiants.