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  • La manifestation avance sur la rue Sainte-Catherine, dans le centre-ville de Montréal.
  • Un policier du SPVM guette les manifestants, dans une petite rue sombre, au sud de Sainte-Catherine.
  • Les manifestants, sur René-Lévesque, assistent au Gala de perturbation économique.
  • Les manifestants, sur René-Lévesque, assistent au Gala de perturbation économique.
  • Le Rabbit Crew reçoit un prix lors du Gala de perturbation économique.
  • Les manifestants, sur René-Lévesque, assistent au Gala de perturbation économique.
  • La police montée du SPVM guette les manifestants, sur la rue René-Lévesque, à Montréal.
  • La tension entre manifestants et policiers atteint un niveau explosif.

Bottes de marche et paillettes : le Gala de perturbation économique – 12 avril

Jeudi 12 avril 2012, Montréal.

Blocage des portes du cégep* de Valleyfield en matinée, grabuge à l’UdM** en après-midi… Pour clore en beauté cette journée pas comme les autres, un gala s’impose. Tenue de manif de rigueur…

Le but du jeu? Décerner des prix, bien sûr! Parmi les catégories de mise en nomination, en substance : Média de désinformation le plus efficace, Meilleure vidéo sur le Printemps québécois, Personnalité la plus détestable du conflit…

Mais surtout, le Gala vise à perturber l’économie. Depuis deux semaines, le mouvement étudiant répond au mutisme gouvernemental par un inlassable saupoudrage de grains de sable irritants dans les rouages.

Comment jouer les trouble-fêtes en festoyant? Les carrés rouges*** n’en sont pas à leur première résolution de la quadrature du cercle…

Les manifestants se rassemblent au parc Émilie-Gamelin en début de soirée. Au signal, ils s’engouffrent dans le métro – à la grande surprise des policiers, qui s’attendaient à les voir envahir les rues avoisinantes. Cap sur la station Jean-Drapeau, d’où ils affluent vers le pont de la Concorde. Direction… le Casino! Le Casino, temple du fric claqué par liasses entières et des vies broyées sur l’autel de l’improbabilité… Quel meilleur symbole pour ce Gala de perturbation économique?

Calcul ou hasard? Les policiers du SPVM (Service de police de la Ville de Montréal) ont prévu le coup et remportent la mise. En rangs serrés, ils accueillent les manifestants, parfois par des insultes et des crachats. Si près du tapis vert… si loin du tapis rouge. Certains policiers ont des comptes à régler avec les manifestants; les événements de l’après-midi à l’UdM ont fait grimper la tension d’un cran.

Se sachant coincés à la tombée de la nuit sur une petite île fluviale facile à boucler, loin, bien loin de l’œil des témoins, les manifestants réagissent au quart de tour : ils courent en sens inverse pour regagner le métro et retournent au parc Émilie-Gamelin. Un défilé s’ébranle rue Sainte-Catherine, en direction ouest.

La manifestation défile pendant plus d’une heure, avec des pauses pour annoncer les Palmes d’or du Gala. Mais sous des airs de fête, le moral est au ras-le-bol : ras-le-bol de l’inertie des gouvernants; ras-le-bol du mépris; ras-le-bol des affronts – affront des directions d’établissement qui veulent forcer le retour en classe en dépit des mandats de grève, affront des policiers qui laissent libre cours à leur morgue, affront permanent du paternalisme gouvernemental.

Postés à une intersection, deux policiers à vélo lanternent sans se douter que la marche arrive sur eux. Encerclés, ils s’échappent d’un coup de pédale mais ne peuvent éviter les coups de pied des manifestants qui réussissent à les rattraper.

Un coin de rue plus loin, des voitures de police attendent les étudiants : bombes assourdissantes, gaz irritants. Contrairement à son habitude, l’escouade anti-émeute ne se contente pas de disperser les manifestants; elle les pourchasse sans répit sur quatre ou cinq coins de rue.

De bringue étincelante et strass, le Gala vient de tourner aux bombes assourdissantes et stress.

* Collège d’enseignement général et professionnel : établissement postsecondaire dispensant des formations techniques ou préuniversitaires. Les cégeps ont participé activement aux manifestations étudiantes.

** L’Université de Montréal (UdM) est l’un des quatre établissements universitaires de la métropole montréalaise avec l’UQÀM (également francophone) ainsi que McGill et Concordia (toutes deux anglophones)

*** L’expression a d’abord désigné les étudiants en grève contre le projet d’augmentation des frais de scolarité du gouvernement Libéral de Jean Charest. Par extension, elle s’est ensuite appliquée à toute personne, étudiante ou non, favorable à cette contestation estudiantine et, plus tard encore, à toute personne appuyant le mouvement social et populaire catalysé par les étudiants.