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Conférence de presse de la CLASSE : on désobéit, ça urge! – 21 mai

Lundi 21 mai 2012, Montréal.

Le Parti libéral du Premier ministre Jean Charest répète sur tous les tons qu’il faut ramener la paix sociale. Mais la loi 12 issue du projet de loi 78 (et, de ce fait, communément appelée « loi 78 ») que l’Assemblée nationale du Québec a adoptée le 18 mai restreint considérablement le droit de manifestation : elle est reçue comme une véritable provocation. Le gouvernement s’attendait-il vraiment à mater le mécontentement? A-t-il tenté le coup de poker : ça passe ou ça casse?

Depuis l’adoption de la loi 12, les manifestations nocturnes ont tourné à l’affrontement et le nombre des arrestations augmente de soir en soir de manière exponentielle (4 le 18 mai; 69 le 19; plus de 300 le 20). La multiplication des actes de brutalité policière, des échauffourées et des arrestations ainsi que la menace d’accusations au criminel en vertu de la loi 12 fraîchement adoptée suscitent inquiétude, peur et indignation chez les manifestants – mais aussi dans la population soucieuse de libertés civiles, quel que soit par ailleurs son point de vue sur les revendications étudiantes. La loi 12 n’atteint donc pas son objectif de rétablissement de la paix sociale. Mais si son but consistait à faire taire les protestations, il n’est pas exclu qu’elle commence à porter ses fruits… Personne n’envisage le cœur content d’affronter des poursuites au criminel.

Le 21 mai, par un bel après-midi ensoleillé, la CLASSE1 convoque une conférence de presse au parc Émilie-Gamelin, devenu le « quartier général » de facto des carrés rouges2 depuis le début du Printemps québécois.

Les porte-parole de la CLASSE n’y vont pas de main morte : l’intimidation gouvernementale doit cesser. Parfaitement conscients des éventuelles poursuites judiciaires auxquelles ils s’exposent, ils appellent toute la population du Québec à dénoncer la loi 12, à la défier : s’y soumettre, ce serait s’en rendre complices. Ils invitent aussi les associations étudiantes à poursuivre la grève pour maintenir la pression sur le gouvernement.
La CLASSE annonce qu’elle met en ligne un site (arretezmoiquelquun.com) dans lequel tout un chacun est invité à afficher sa photo assortie d’une déclaration de désobéissance à la loi 12/loi 78.

Elle révèle également qu’elle entamera des procédures devant les tribunaux pour faire invalider la loi 12 – et qu’elle ne remettra pas aux forces policières l’itinéraire de la grande manifestation du lendemain, qui doit marquer les 100 jours de la contestation étudiante. Depuis mars, les déferlements du 22 s’imposent en outre comme un rendez-vous mensuel qui attire aussi bien les carrés rouges que monsieur et madame Tout-le-monde, armés ou non de casseroles pour faire sonner haut et fort leur exaspération.

En d’autres termes, la CLASSE appelle à la désobéissance civile massive.

Plusieurs centaines de personnes ont convergé vers le parc Émilie-Gamelin pour faire bloc autour de ses porte-parole. L’image fait mouche : protégée par un rempart humain, la CLASSE n’est plus ce « groupuscule radical » que le gouvernement Charest vilipende et sur le compte duquel il ironise depuis des mois. La coupe est pleine.

La conférence de presse à peine terminée, un slogan qui a le vent en poupe depuis quelques jours fuse aux quatre coins du parc : « La loi spéciale, on s’en câââââlice! » (parfois agrémenté d’une variante scandée en écho : « La loi matraque, on s’en tabarnake! »)

Les manifestants prennent ensuite la rue, électrisés par l’audace de la CLASSE et la perspective d’une intensification de la solidarisation populaire autour de la « loi scélérate » du gouvernement Charest. Le soleil brille, on marche d’un bon pas, on a l’espoir chevillé au cœur.

Léger flottement devant le bar Le Saint-Bock de la rue Saint-Denis. Le 19 au soir, les policiers de l’anti-émeute ont déchargé leurs bonbonnes de poivre de Cayenne irritant à 30 cm du visage des clients paisiblement attablés en terrasse. Panique, mouvement de foule, les clients refluent vers l’intérieur du bar, où le propriétaire les fait entrer en toute hâte pour les protéger de l’agression policière. Dans la confusion générale, avec les clients qui titubent, aveuglés par le poivre de Cayenne, avec les vitrines qu’un rien peut fracasser, l’épouvante aurait pu tourner au carnage. Le 21 dans l’après-midi, passant devant le Saint-Bock, les manifestants ralentissent spontanément. Léger flottement… Clients attablés en terrasse et marcheurs se dévisagent quelques instants – puis s’applaudissent les uns les autres! La loi 12 n’a visiblement pas ramené la paix sociale, mais peut-être a-t-elle suscité quelque chose comme un très grand mouvement de soutien et de sympathie envers les carrés rouges.

La conférence de presse du 21 mai 2012 de la CLASSE marque ainsi un moment charnière du bras de fer qui oppose depuis 100 jours le gouvernement de Jean Charest et les étudiants, bientôt rejoints par les « tapeurs de casseroles » et autres révoltés. En appelant à la désobéissance civile, l’organisation s’exposait à des poursuites judiciaires en vertu de la loi 12 – et le savait. La convocation de la conférence de presse constituait de sa part un vrai geste d’audace et un véritable coup de poker. Rétrospectivement, le succès du site arretezmoiquelquun.com (plus de 5 000 personnes y afficheront leur photo), l’affluence grandissante dans les manifestations, la persévérance des tintamarres de « casseroles de la protestation » dans les quartiers leur donneront raison. Mais le 21 mai 2012, personne ne pouvait prédire que son appel serait si largement entendu. Il fallait beaucoup d’espoir et de cran pour catalyser l’insubordination générale et, de la part des porte-parole, pour prêter ainsi son visage et son nom aux risques de représailles. La CLASSE a, elle aussi, tenté un coup de poker. Mais elle l’a gagné.

1 L’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) est une organisation de type syndical regroupant plus de 40 000 membres de différentes associations étudiantes des cégeps (établissements postsecondaires techniques ou préuniversitaires) et universités de tout le Québec. La CLASSE (Coalition large de l’ASSÉ) était une coalition temporaire mise sur pied en décembre 2011 pour combattre la hausse des frais de scolarité et coordonner les actions de grève de l’hiver 2012. Dissoute comme prévu à la fin de son mandat, la CLASSE permettait d’ouvrir les structures de l’ASSÉ à des associations étudiantes non-membres afin d’élargir le mouvement.

2 L’expression a d’abord désigné les étudiants en grève contre le projet d’augmentation des frais de scolarité du gouvernement Libéral de Jean Charest. Par extension, elle s’est ensuite appliquée à toute personne, étudiante ou non, favorable à cette contestation estudiantine et, plus tard encore, à toute personne appuyant le mouvement social et populaire catalysé par les étudiants.