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Bataille d’oreillers : des plumes contre le bruit des bottes – 5 juin 2012

Mardi 5 juin 2012, Montréal.

Journée suffocante. Ciel lourd; ambiance aussi. Les manifestations durent depuis des mois; la répression s’intensifie; l’adoption de la loi 12 et les amendements apportés au règlement municipal P-6 ont achevé de consacrer la fracture entre les manifestants et les autorités.

À cette atmosphère de plomb, les carrés rouges1 opposent la légèreté de la plume : une bataille d’oreillers! Sans revendication précise, juste pour s’amuser, retrouver l’insouciance de l’enfance, se défouler à grands coups de masses d’arme en duvet.

Munis d’un oreiller auquel ils tiennent « moyennement à pas du tout », 50 à 100 manifestants se rassemblent à 19 h au parc Lafontaine, au coin des rues Papineau et Rachel. Certains ont poussé le raffinement jusqu’à revêtir leur pyjama pour ajouter du réalisme à la rencontre.

Si la bataille d’oreillers se veut une trêve, on n’oublie pas les règles contestataires pour autant : deux équipes s’organisent. D’un côté, les « policiers anti-émeute »; de l’autre, les « manifestants ». D’un air féroce, les premiers frappent du plat de la main sur leur oreiller tenant lieu de bouclier; les autres leur répondent par des slogans et des noms d’oiseau. Le naturel venant au galop, les « policiers » se mettent à courser les manifestants; une bataille épique s’engage entre le Rouge des carrés et le Noir des uniformes. On court pieds nus dans l’herbe, jusqu’à tomber épuisé de courir et de rire. Au milieu de la dureté des temps, de la répression croissante et de l’ahurissante persévérance du gouvernement Charest dans son mutisme hautain, cette joie bon enfant offre une bouffée d’oxygène, une parenthèse bouleversante d’insouciance.

La pluie se met de la partie. Elle tombe doucement d’abord, puis en douche tiède. Il est temps de rentrer chez soi. Pas pour dormir (de toute façon, les oreillers sont foutus) : pour attraper une casserole au vol et participer au tintamarre du soir…

1 L’expression a d’abord désigné les étudiants en grève contre le projet d’augmentation des frais de scolarité du gouvernement Libéral de Jean Charest. Par extension, elle s’est ensuite appliquée à toute personne, étudiante ou non, favorable à cette contestation estudiantine et, plus tard encore, à toute personne appuyant le mouvement social et populaire catalysé par les étudiants.