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27e manif nocturne : l’avènement des souricières de masse – 20 mai

Dimanche 20 mai 2012, Montréal.

L’Assemblée nationale du Québec a adopté l’avant-veille le projet de loi 78. La loi spéciale qui en découle (la loi 12, communément appelée « loi 78 ») oblige les organisateurs des rassemblements de plus de 50 personnes à fournir par écrit, huit heures à l’avance, la date, l’heure, la durée, le lieu ainsi que, le cas échéant, l’itinéraire de la manifestation.

La Ville de Montréal vient par ailleurs de modifier son règlement P-6 sur l’ordre public et l’utilisation du domaine public : il est désormais interdit de participer à une manifestation le visage couvert, et les organisateurs doivent fournir l’itinéraire à la police.

Depuis l’adoption de la loi spéciale, les manifestations nocturnes du 18 et du 19 mai ont tourné au vinaigre : 4 arrestations le 18; 69 le 19. De toute évidence, la tension grimpe en flèche entre la police et les carrés rouges1. En particulier, les policiers font planer sur les actions de contestation la menace d’accusations (criminelles) en vertu de la loi 12.

Vers 20 h 30, le dimanche 20 mai, environ 5 000 manifestants se massent au parc Émilie-Gamelin. À peine une demi-heure plus tard, alors qu’ils arrivent aux abords de la station de métro Saint-Laurent, la police leur ordonne de se disperser à coups d’engins pyrotechniques. Dans les rues du Quartier latin s’enclenche alors un sinistre jeu de chats et de souris, déjà presque une tradition des manifestations nocturnes : pourchassés par les policiers, les manifestants se dispersent, se reforment en petits groupes, se font de nouveau disperser… D’un côté, lancers de bouteilles vides et projectiles divers; de l’autre, bombes assourdissantes, charges armées, souricières.

Comme la veille, la Sûreté du Québec (SQ, corps de police national déployé sur l’ensemble du territoire québécois) est venu prêter main-forte au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM, corps de police municipal desservant toute l’île de Montréal).

Vers 23 h 30, un groupe plus nombreux réussit finalement à se constituer au coin des rues Ontario et Saint-Denis – un quartier de cafés, restaurants, cinémas, théâtres et bars. Les affrontements entre police et manifestants se poursuivent entre les terrasses qui bordent les rues. Un grand feu est allumé, alimenté en vrac de bouts de clôtures, de cônes orange de signalisation routière, de morceaux de mobilier urbain.

Vers 2 h 30 du matin, on dénombre plus de 20 blessés, dont un semble dans un état grave : plaqué au sol par un policier, il a perdu connaissance et a dû être immobilisé sur une civière et emporté en ambulance. La rumeur se répand à la vitesse de l’éclair dans les réseaux sociaux : l’homme serait mort ou agonisant, peut-être caché dans un hôpital… On le cherche, on multiplie les appels à ses proches. Rien. Finalement la rumeur se révèle fausse : l’homme va bien. Néanmoins, l’incident en dit long sur le pourrissement des relations entre la police et les manifestants, mais aussi l’ensemble de la population, carré rouge ou non, qui a relayé la rumeur et craint pour la vie du blessé : on ne fait simplement plus confiance à la police censée « servir et protéger ». Au contraire, on la soupçonne.

Loin de marquer le début d’un apaisement, la manifestation nocturne du 20 mai détient le lendemain matin le triste record du nombre des arrestations : plus de 300, dont l’essentiel sous forme de rafles massives en souricière. Le jeu de chats et de souris a vraiment mal tourné.

1L’expression a d’abord désigné les étudiants en grève contre le projet d’augmentation des frais de scolarité du gouvernement Libéral de Jean Charest. Par extension, elle s’est ensuite appliquée à toute personne, étudiante ou non, favorable à cette contestation estudiantine et, plus tard encore, à toute personne appuyant le mouvement social et populaire catalysé par les étudiants.