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14e manifestation nocturne : cache-cache au carré – 7 mai

Lundi 7 mai 2012, Montréal.

Résumé des épisodes précédents…

Pour fuir les manifestations étudiantes qui agitent la métropole montréalaise, le Parti libéral du Québec (PLQ, au pouvoir) a décidé de tenir son Conseil général à Victoriaville, à environ 150 km de Montréal.

Le vendredi 4 mai à Québec…

Avant l’ouverture du Conseil, le Premier ministre Jean Charest convoque à Québec (siège du gouvernement québécois) les représentants des quatre grands regroupements étudiants, les chefs des centrales syndicales, les recteurs des établissements d’enseignement supérieur, le négociateur en chef du gouvernement, la ministre de l’Éducation et vice-première ministre du Québec (Line Beauchamp) et la présidente du Conseil du trésor (Michelle Courchesne). Les discussions commencent en fin d’après-midi.

Pendant ce temps à Victoriaville…

La distance n’a pas découragé les carrés rouges*. Entassés dans une trentaine d’autobus, ils débarquent à « Victo » bien déterminés à se faire entendre. Les véhicules les déposent à plus d’un kilomètre du Centre des Congrès; ils terminent la route à pied. En tout, 2 000 manifestants convergent ainsi vers la ville.

Moins d’une heure plus tard, les affrontements éclatent entre les carrés rouges et l’escouade anti-émeute de la Sûreté du Québec (SQ). Bilan : une dizaine de blessés. Étudiante en littérature à l’Université Laval de Québec, Dominique Laliberté s’éloignait de la manifestation pour échapper à l’épais nuage des gaz lacrymogènes policiers quand elle a reçu une balle de caoutchouc en plein visage : elle a subi une fracture multiple de la mâchoire et perdu plusieurs dents.

Parmi les blessés, deux manifestants reposent dans un état grave. Étudiant en histoire à l’Université Laval de Québec et originaire de Victoriaville, Alexandre Allard souffre d’un traumatisme crânien, d’une fracture au visage, d’une fracture du crâne et d’une contusion cérébrale. Co-porte-parole de l’Association étudiante du Cégep de Saint-Laurent (AECSL), Maxence Valade subit un traumatisme crânien et perd définitivement l’usage d’un œil.

Depuis Québec, Gabriel Nadeau-Dubois (porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante, CLASSE), Martine Desjardins (présidente de la Fédération étudiante universitaire, FEUQ) et Léo Bureau-Blouin (président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, FECQ) lancent un vibrant appel au calme.

Le samedi 5 mai à Québec

Au terme de 22 heures consécutives de négociations, les parties prenantes aux pourparlers de Québec signent une entente de principe : la hausse des frais de scolarité proposée par le gouvernement Charest pourrait être maintenue, moyennant une baisse équivalente des frais institutionnels obligatoires** et la création d’un Conseil provisoire des universités chargé d’étudier la réduction des dépenses dans les établissements universitaires.

Pour les porte-parole étudiants, cette entente constitue une « feuille de route » à soumettre au vote des associations : leur signature au bas du document les engage uniquement à présenter la proposition aux assemblées – la grève reste donc en vigueur.

Le dimanche 6 mai à Victoriaville

Le Parti libéral du Québec de Jean Charest plastronne néanmoins dans un courriel triomphaliste adressé à ses députés réunis en Conseil général : « Le gouvernement maintient intégralement les hausses, assure-t-il. Il est faux de prétendre que l’augmentation des frais de scolarité sera obligatoirement compensée par la baisse des frais [afférents]***. »

Les réseaux sociaux s’embrasent. Des étudiants dénoncent haut et fort l’entente, qu’ils considèrent comme une imposture, comme un document trompeur signé au terme d’un exténuant marathon de discussions entre des négociateurs gouvernementaux aguerris et des étudiants moins rompus aux rouages des pourparlers – et qui réitèrent constamment, depuis le début des manifestations, leur statut de simples « relais » entre les étudiants grévistes et les instances gouvernementales, sans mandat décisionnel.

Le lundi 7 mai au Québec

Plusieurs associations étudiantes ont déjà rejeté la proposition du gouvernement Charest. Il apparaît de plus en plus prévisible que la plupart des assemblées restantes leur emboîteront le pas et que la grève se poursuivra. (Une semaine plus tard, de fait, la proposition sera définitivement rejetée.)

En ce lundi 7 mai, l’atmosphère est donc tendue : négociations à saveur de duperie à Québec; violents affrontements exacerbés d’autocongratulations gouvernementales fanfaronnes à Victoriaville… L’impasse est totale.

Pendant ce temps, à Montréal…

Journée chargée pour le maire, Gérald Tremblay. Il annonce son intention d’obliger désormais les organisateurs des manifestations à communiquer d’avance au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) leur itinéraire ainsi que le lieu exact de leurs rassemblements. Monsieur le maire ajoute qu’il compte également faire adopter, le 16 juin prochain, un règlement interdisant le port du masque lors des manifestations « qui risquent de troubler la paix et l’ordre public » : « On ne parle pas ici du défilé, par exemple, du Père Noël », précise le maire de Montréal****. Ouf! On respire…

Le soir même, toujours dans la métropole, 100 à 200 carrés verts***** se donnent rendez-vous à 21 h au métro Papineau, dans l’est de la ville. Comme d’habitude, les carrés rouges se rassemblent au parc Émilie-Gamelin; ils sont plusieurs milliers et décident d’aller rejoindre les verts. Pour leur chercher noise? Pas vraiment. Carrés verts et rouges ne se sont jamais réellement affrontés dans les rues. (D’ailleurs, les carrés verts y manifestent rarement.) Cette « visite » se veut plutôt une sorte de clin d’œil, un tricotage en vert et rouge façon kilt écossais, un jeu de cache-cache sans agressivité ni conséquence, sans maille à partir…

Alors que leurs manifestations se dirigent généralement vers l’ouest (vers le centre-ville à partir du parc Émilie-Gamelin), les carrés rouges s’acheminent cette fois vers l’est… Ils se mettent à tourner dans les rues avoisinant le pont Jacques-Cartier, l’une des principales voies de raccordement entre l’île de Montréal et sa banlieue sud. Craignant peut-être la « prise » du pont, les policiers de l’anti-émeute du SPVM accourent pour circonscrire les rouges et escorter les verts jusqu’au métro dans lequel ils s’engouffrent… sans payer. « À l’œil », en somme.

Privés d’interlocuteurs valables, les rouges repartent vers l’ouest, vers leur port d’attache du parc Émilie-Gamelin. Ils marchent encore une heure ou deux, puis leurs rangs se font plus clairsemés. Certains continuent de déambuler jusqu’à minuit passé… jusqu’à la résidence de Jean Charest, dans le secteur cossu de Westmount.

Depuis le début du conflit, les carrés rouges ont toujours préféré la créativité à la fureur. En dépit du goût amer laissé par les discussions de Québec, du déchaînement des brutalités policières à Victoriaville et du ballet des rouges et des verts à Montréal, la 14e manifestation nocturne sera restée relativement calme. Dans ce contexte explosif, par quel miracle n’a-t-elle pas dégénéré en casse et en effusion de sang?

* L’expression a d’abord désigné les étudiants en grève contre le projet d’augmentation des frais de scolarité du gouvernement Libéral de Jean Charest. Par extension, elle s’est ensuite appliquée à toute personne, étudiante ou non, favorable à cette contestation estudiantine et, plus tard encore, à toute personne appuyant le mouvement social et populaire catalysé par les étudiants.

** Parfois appelés « frais afférents », les frais institutionnels obligatoires ne se rapportent pas aux cours proprement dits, mais à différents services « para-universitaires » tels que les activités sportives; le conseil en orientation; la gestion des admissions, inscriptions, examens, stages; l’utilisation des laboratoires; l’émission des diplômes; etc. Insidieuse, mais bien réelle, leur augmentation constante suscite une irritation grandissante dans la population étudiante.

*** http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201205/06/01-4522472-le-plq-dit-a-ses-deputes-quebec-maintient-integralement-les-hausses.php

**** On trouvera un extrait de la conférence de presse du maire Gérald Tremblay dans ce reportage de TVA Nouvelles : http://tvanouvelles.ca/lcn/infos/regional/montreal/archives/2012/05/20120507-153352.html

***** Le camp opposé aux carrés rouges. Les carrés verts préconisent l’arrêt de la grève et la mise en application de la hausse des frais de scolarité proposée par le gouvernement Charest.